EMIL GILELS

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The unreleased recital at the concertgebouw

The unreleased recital at the concertgebouw 1976

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Emil Gilels est né le 19 octobre 1916 à Odessa. Ses parents ne sont pas musiciens mais leur modeste appartement dans le quartier pauvre Moldavanka abrite un piano. Malgré des temps difficiles, une attention particulière est portée à l’enfant qui montre très vite des dons pour la musique. À l’âge de 2 ans, Emil pose ses mains sur le clavier de l’instrument et écoute soigneusement les sons qui en émanent.

Il devient très vite clair que le garçon possède l’oreille absolue : Emil attribue des notes aux bruits qui l’entourent. À 5 ans, il est présenté à Yakov Tkach, un célèbre professeur de piano d’Odessa.

Le jeune garçon achève la première partie de ses études avec une facilité déconcertante : la position naturelle de ses mains sur le clavier n’a jamais besoin d’être corrigée ; son oreille extraordinaire et sa mémoire hors-norme lui permettent d’assimiler les bases et la grammaire musicales de manière fulgurante. Au bout de quelques mois seulement, le jeune Emil Gilels joue des sonatines de Clementi et Mozart et à seulement 11 ans, il maîtrise plusieurs études de Chopin et Liszt. Durant cette période, il est également très attiré par le théâtre, compose un peu et se rêve chef d’orchestre.

Emil Gilels

En mai 1929, âgé alors de 12 ans, Emil Gilels donne son premier récital en public. Son programme comporte notamment la Sonate Pathétique de Beethoven, l’étude de Liszt Un Sospiro, quelques sonates de Scarlatti, un scherzo de Mendelssohn ainsi que des études et des valses de Chopin. Les critiques présents dans la salle sont émerveillés par sa virtuosité, la profondeur de ses interprétations, sa sonorité claire et suave et son style épuré, dépourvu de tout superflu. Tout au long de sa carrière, ces qualités demeureront au centre de son art.

Le talent de Emil Gilels n’est pas que musical, il montre également un grand intérêt pour l’histoire et la littérature mais, comme pour beaucoup de musiciens, son rapport aux mathématiques est moins évident. Il achève ses études générales dès 13 ans et entre, à l’automne 1930, au Conservatoire d’Odessa dans la classe de Berta Reingbald. Elle s’intéresse alors à tous les aspects de sa personnalité, adapte son enseignement au fort tempérament du jeune garçon et contribuera amplement au développement de sa culture.

Au début des années 1930, Odessa constitue une étape musicale incontournable pour les musiciens du monde entier. C’est ainsi que Gilels est alors présenté à Arthur Rubinstein. Immédiatement, il qualifie le jeu du jeune pianiste de "stupéfiant" et s’empresse de prédire que si Gilels devait venir aux Etats-Unis, il éclipserait tout le monde, y compris lui-même.

L’objectif premier de Bertha Reingbald est de présenter Gilels au 1er concours des musiciens interprètes d’URSS qui doit se tenir en 1933, à Moscou. Les meilleurs musiciens y sont attendus. À cette époque, Gilels n’est pas connu à Moscou et Reingbald décide de présenter son élève à Heinrich Neuhaus pour lequel elle a un profond respect. Neuhaus ne saisit pas toute l’étendue du talent de Gilels : là où Rubinstein avait été stupéfait par une profonde musicalité, Neuhaus n’entend que la virtuosité hors-norme du jeune garçon. À l’issue du concours, le jury rend sa décision et attribue unanimement à Gilels le premier prix. Le public est tout aussi conquis par son sens de la pulsation, et son souci du texte, sa virtuosité phénoménale, la pureté de sa sonorité et l’élégance de son style.

Ce concours bouleverse la vie de jeune Emil. Sa notoriété s’étend dans toute l’Union Soviétique. Liza, sa jeune sœur violoniste, participe au même concours et Josef Staline, lui-même, fera l’éloge de ce frère et de cette sœur si remarquablement talentueux.

Gilels entame alors une tournée gigantesque à travers toute l’URSS. En apparence, tout se passe à merveille : la virtuosité de son jeu est de plus en plus brillante, sa sonorité s’enrichit encore et son répertoire s’étoffe au fil de ses apparitions. Ses interprétations de la 2ème Sonate et de la 1ère Ballade de Chopin, du 1er Concerto de Tchaïkovski, de la Rhapsodie Espagnole et du 1er Concerto de Liszt, et de la Toccata de Schumann font désormais partie de l’Histoire. Pourtant, il cherche à doter son jeu d’une profondeur qui, il en est convaincu, ne demande qu’à être façonnée et révélée.

Si des doutes persistent en son for intérieur, le phénomène "Gilels" est reconnu par tous. Et lorsque le chef Otto Klemperer se rend à Moscou en 1936, il désire ne donner le 3ème Concerto de Beethoven qu’avec Emil Gilels en soliste.

En 1938, Gilels se présente au Concours International de Bruxelles (connu aujourd’hui sous le nom de Concours de la Reine Elisabeth). On s’attend à ce qu’il succède aux victoires des violonistes soviétiques, menés par David Oïstrakh deux ans plus tôt, et faire, à son tour, triompher l’Union Soviétique. Et en effet il remporte le premier prix. Le jury – composé d’éminents musiciens tels que Leopold Stokowski, Otto Klemperer, Walter Gieseking et Robert Casadesus – ont apprécié la noblesse de son style, la sincérité de l'émotion produite, portée par une économie des effets, inhérente aux plus grands musiciens.

Le monde musical tout entier évoque maintenant Gilels. Les performances du pianiste parviennent jusqu’aux oreilles de Rachmaninov qui se charge même de lui faire parvenir sa médaille et son diplôme !

Malheureusement, la guerre éclate. Gilels refuse d’être évacué avec les membres du conservatoire. Il tient à contribuer à l’effort de guerre en jouant sur le front et dans les hôpitaux.

A l'issue de la guerre, Gilels est investi d'une mission particulière : représenter l'Art de son pays victorieux. D'abord dans les salles en ruines de l'Europe de l'Est, puis en Italie, Royaume-Uni, France, Autriche, Scandinavie. Sa tâche n'est pas facile : ce n'est pas sous les meilleurs auspices que l'on accueille un pianiste soviétique, "symbole du socialisme". Mais c'est à chaque fois, sous des ovations sans équivoque qu'il sort de scène. Des personnes du public quittent même brutalement leur siège et se précipitent sur scène pour exiger un bis !

Les années qui suivent 1950 sont celles de la consécration. Gilels est à l'apogée de son art et son répertoire est incroyablement vaste. En 1955, il devint le premier artiste soviétique, depuis la Seconde Guerre mondiale, à se produire en tournée à travers les États-Unis. Au plus fort de la "guerre froide", les apparitions d'un artiste décoré du prix Staline (1946) et du titre d'Artiste Populaire d'Union soviétique (1954) crée, pour le moins, quelques tensions… Si le public, quelque peu circonspect de Carnegie Hall accompagne son entrée en scène d'un silence troublé, c'est sous un tonnerre d'applaudissements ininterrompus qu’il refusera qu'il quitte la scène !

Son auditoire avait saisi la force incomparable de ses concerts. Au-delà de la virtuosité, c'est l'absence d'artifice qui confère à chacune de ses interprétations un caractère résolument unique. Comme l'écrit le pianiste hongrois Lajos Hernadi : sa sonorité irradie la salle, comme un "puissant courant électrique" qui parcourt le public dans une saisissante intensité émotionnelle.

Entre 1950 et 1980, Gilels continue d'enseigner au Conservatoire de Moscou malgré la fréquence de ses très nombreux concerts. Il a su également trouver le bonheur d'une vie familiale équilibrée auprès de Farizet (Lala) Hutzistova, diplômée du Conservatoire de Moscou et qu'il épouse à la fin des années 1940 et de leur fille, Elena, elle aussi diplômée du Conservatoire de Moscou.

En plus de ses prestigieux récitals et concerts à travers le monde, Gilels joue en musique de chambre : avec sa fille Elena Gilels, sa soeur Elizaveta Gilels, Dmitri Tziganov, Leonid Kogan; avec le Quatuor Beethoven; au sein de son propre trio (Gilels, Kogan, Rostropovitch). À l'étranger, il collabore avec le Quatuor Amadeus et le Quatuor Sibelius Academy.

Gilels collabore avec de nombreux chefs d'orchestre dont Otto Klemperer, Eugène Ormandy, Leonard Bernstein, Herbert von Karajan, Riccardo Muti, George Szell, Lorin Maazel, Kurt Masur, Georg Solti, Igor Markevich, Wolfgang Sawallisch, André Cluytens, Fritz Reiner, Karl Böhm, Leopold Ludwig, Eugen Jochum, Franz Konwitschny, Erich Leinsdorf, Seiji Ozawa, Malcolm Sargent et Zubin Mehta.

Il se voit attribuer de multiples honneurs : il est accueilli au siège de l'ONU et le Pape lui accorde une audience privée au Vatican.

Au milieu des années 1970, Gilels limite toute activité qui n'est pas directement liée à ses concerts. Il estime qu'il est temps pour lui d’achever ce que lui seul pouvait achever : l'accomplissement de son aventure musicale.

Le 12 septembre 1985, il fait sa dernière apparition sur scène, à Helsinki, interprétant une sélection de sonates de Scarlatti, "Pour le piano" de Debussy et la sonate "Hammerklavier" de Beethoven. De retour à Moscou, il ne se sent pas bien. Admis à l'hôpital en urgence, il meurt le 14 octobre 1985.

Le nom d'Emil Gilels résonne dans les mémoires comme celui d'un immense pianiste. Comprendre la portée de son œuvre et être en mesure d’apprécier la noblesse de son jeu pianistique est essentiel pour toutes les générations, présentes et futures.

Biographie Emil Gilels, par The Lost Recordings

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